Il peut paraitre idiot, aujourd’hui, de déceler des tendances régionales dans une oeuvre, et de pratiquer du Taine de bas étage. Mais, est ce parce que l’artiste est italien? On décèle dans son travail ce fini, cette tenue décorative (et ce n’est pas péjoratif) que l’on trouve chez un Adami, un Burri, un Fontana.
Les toiles, de grand ou de moyen format, nous offrent des panoramas hétéroclites ou se rencontrent, d’oeuvre en oeuvre, quelques motifs récurrents, tels des enfants, un motard, la silhouette d’un satellite. Ces images coexistent sur le mode de l’entrechoc, de la superposition, ou bien de l’indifférence.
Cependant, la principale figure de style de ce travail est le décrochement. D’un motif à un autre, on saute d’un espace bidimensionnel à une vue aérienne ou à une figure en volume. L’usage de panneaux accolés en polyptiques accentue cette caractéristique.
Plusieurs types de techniques se cotoient: la figure peinte traditionnellement, le report photographique, les traces de peinture sur la toile nue. Des mondes divers, des points de vue radicalement opposés, des perceptions antagonistes de l’humanité doivent trouver le moyen de cohabiter.
Là ou les années 1970 reconnaissaient la domination d’un monde d’images juxtaposées sans signification, la période actuelle tente de retrouver quelques règles dans tout cela, ou, plus exactement, de faire tenir ensemble les morceaux du monde lorsqu’il ne semble exister que chaos et diversités irréductibles.
Le résultat parfois austère offre une vue synoptique du réel, ou l’ humanité fragile des enfants côtoie la menace de forces militaires, tout en se tenant à la dimension des espaces explorés par les astronautes.
Anne Malherbe (Paris-art)